Bernard Parmegiani mime

Dans le studio de Parme. Notes du 19 février 2012

lalucarnedesreves tournage

 

Depuis décembre, je suis revenue trois fois dans le studio de Bernard Parmegiani, avec un objectif en tête. Dans mon scénario de départ, j’avais imaginé proposer au compositeur de mimer ses sensations à l’écoute de ses œuvres. Avant de faire ses armes de compositeur avec Pierre Schaeffer, Parme pratiquait le mime.

Avec lui, j’apprends qu’il est question dans le mime d’exprimer par des gestes l’état intérieur d’un personnage en action, tout en jouant avec l’imaginaire du spectateur.

Quand j’écoute sa musique, je l’imagine transformer les sons, composer, à l’image des gestes propres au jeu de mime, un jeu de métamorphoses ponctué d’accidents. Lors d’un tournage, je lui demande de mimer les images et émotions déclenchées à l’écoute de sa musique. Le compositeur me regarde intrigué. Qu’est ce que je suis en train de lui demander ? Mimer demande de la préparation et je recherche de la spontanéité. J’insiste. Faisons un essai, sur une de ses oeuvres, « L’Oeil Ecoute ».

Le compositeur esquisse quelques gestes. Puis il me dit : « si tu veux, je peux te montrer quelques trucs ( de mime), comme ça ! »(Il pose les mains devant ses yeux, et en quelques gestes, ses mains, son corps, figure un homme en train de regarder les étoiles avec une longue vue) Ce n’est pas vraiment ce que j’imaginais, je prends conscience de l’aberration de ma demande et de mes attentes.Le compositeur voit mon attention disparaître un instant, je réfléchis à ce que je suis en train de faire. Puis, je le regarde, simplement. Il écoute l’oeuvre, plongé dans son monde, sa main sur la console. Je sens bien que son mouvement interne est exprimé là, simplement, sans mises en scènes absurdes. Parfois le compositeur sourit, parfois il fronce les sourcils et soudain écarquille les yeux. De temps en temps, il me regarde, j’ai l’impression qu’il est en train de sonder si je suis dans le même mouvement interne que lui, à l’écoute…

Au delà des exigences de préparation du mime, il y autre chose que je n’avais pas assez considéré : la différence entre l’écoute par le compositeur et celle de l’auditeur lambda. Bernard entend surtout son procédé de création, ses joies et maladresses ressenties au moment de la composition.

Aujourd’hui, je revois les images. Lorsque Bernard écoute simplement, il se passe bien un quelque chose de l’ordre de l’indicible et je suis émue.