Chers jeunes en section cinéma

A mes élèves du lycée Guist'hau - section cinéma

Chers apprentis cinéastes,

Vous allez commencer bientôt le tournage de vos films. Vous le savez, vous devez me rendre bientôt un dossier de production comprenant au minimum synopsis, scénario, note d’intention, et découpage technique,

La première semaine des vacances étant passée, je vous imagine en train de vous agiter pour developper vos scénarios et donner vie à vos personnages. Avec vous, la magie opère lorsque le cadre est posé. Dès que Vos intentions sont claires, vous pouvez sentir le souffle libre de la création instantanée.

Un premier film est rarement paisible, les suivants non plus. Voici quelques lignes sur mon expérience avec la lucarne des rêves, en espérant que vous vous sentirez moins seuls avec vos films.

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La lucarne des rêves s’est d’abord appelé “Expériences électro-acoustiques”. J’avais à l’époque envoyé une somme compilée d’extraits de carnets de bord à un compositeur très médiatisé, inspirée des Lettres à un jeune poète, de Rilke. Dans une enveloppe sobre, la liasse était couverte avec grand soin de papier aluminium. L’effet sonore rendu au déballage du contenu me semblait une idée ingénieuse. Il ne m’a jamais répondu…

Alors que faire ? Tout abandonner à la première occasion ? Chercher à forcer les portes ? Il n’y pas de choix sans troisième terme.

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Regardons d’un nouvel oeil. Finalement, n’est-ce pas une grande chance d’avoir fait face à un mur ? N’est-ce pas justement l’occasion d’apprendre à se connecter à son désir profond, le temps de retrouver son intention initiale ? En tout cas, cette expérience m’a permis de retrouver des clefs lumineuses.J’ai fait des recherches, mené des entretiens, élargi mes horizons. Mes intentions se sont affirmées, à force de les partager. Puis il y a eu Bernard Parmegiani et Lionel Marchetti et nous avons commencé à filmer pour de bon. Le film s’est cherché un nouveau nom,. De fil en aiguille, il est devenu “la lucarne des rêves” (la lucarne appelle l’image; les rêves appellent les bruits du monde et sa musique)

Donner un titre , c’est poser une ligne majeure, même si sa portée nous échappe encore.

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Chaque moment passé avec les compositeurs a occasionné des changements profonds dans l’écriture et la création des personnages. En d’autres mots, c’est en passant du temps avec les personnes avec qui je fais un film que je comprend leur nécessité première, ce qui les meut à être là, dans leur propre rôle. Ainsi, je peux les caractériser comme personnages et c’est ainsi qu’ils vivent dans le film. Nous sommes tous conscients qu’un film est un assemblage d’images et de sons choisis. Un film n’est pas la réalité. C’est une réalité propice à faire changer votre réalité.

A vous de créer votre réalité dans des mers parfois agités. Une fois, un marin m’a dit:

 Dès fois, la mer est forte, le tout, c’est de ne pas se laisser emporter par la barre et de fêter ça au retour !

Parfois la mer est sublime , là où nous sommes capable de se comprendre dans le silence, mûs par la magie du moment. Nous apprenons tous à naviguer avec l’expérience.

L’écriture fixe et permet d’intégrer le cheminement. Je compte sur vous pour écrire ce qui vous traverse et vous retient dans vos créations. Au delà des carnets de bord à rendre pour l’épeuvre du baccaulaurat, vos écrits laisseront des traces de votre cheminement. Vous pourrez vous y accrocher quand vous serez perdus, dans le brouillard. L’errance permet parfois de trouyer son chemin. Elle m’apparait essentielle tant que vous cherchez. Dans le noir, à tâtons, essayez. Soyons sincères, osez exprimer vos tripes et riez beaucoup. Le spectateur sait reconnaitre un film né dans la joie.

N’hésitez pas si vous avez des questions (au retour des vacances !)

En vous souhaitant du bon temps,

Bien à vous,

Cendrine Robelin