En avant pour l’expérimentation !

Comment susciter l’écoute au cinéma ?

Essayons, nous trouverons des solutions

Aujourd’hui, nous sommes dans un laboratoire de physique avec ma stagiaire – ancienne élève Claire. C’est excitant d’être là, dans ce lieu consacré à l’expérimentation, de détourner l’usage habituel de ce lieu.

Mon premier plan est de placer un rétroprojecteur, un bol rempli d’eau, et des enceintes de chaque part, histoire de visualiser le mouvement crée par les ondes de la musique. Mais l’idée ne fonctionne ni en théorie, ni en pratique. Essayons autre chose. Un professeur de physique propose de simuler des ondes sonores avec un générateur de fréquence raccordé à un vibreur.
Sur le vibreur est installée une plaque, sur laquelle sont disposées des graines. Je module les fréquences. Les graines rebondissent.
Passons à une autre matière, du sable. Je vois des formes se dessiner, le sable se disperse, se rassemble, tremble au gré des mouvements.
Avec de la pratique, les figures acoustiques de Chladni surgissent sur la plaque.

Je reste dubitative. Où est la poésie ? Dans la machine ou dans l’homme ?

J’en reviens à mon idée initiale, une idée simple devenue une évidence un beau matin.

Tout est installé : Le rétroprojecteur, le plat transparent avec deux doigts d’eau, et un stock de colorants, d’huile, de coriandre, de sable, d’herbes et divers réactifs chimiques. Je suis prête. Il me faut maintenant oublier tout mon travail de décortication du son, pour cette fois jouer avec des gestes intuitifs, sensibles. Il est temps de ne plus se laisser dévorer par le mental pour rentrer dans le corps.

Je dois me mettre dans un état d’absorption par le son, provoqué par le son. les premières notes me plongent dans un tel état. je suis dedans. Armé d’une pipette et d’un pinceau, mes gestes dépassent mes résolutions conscientes. sans cesse, je reviens à dessiner un oeil au coeur de la structure. Cet oeil est maintenant lucide, c’est un oeil intérieur, plongé dans un cosmos en métamorphose.  Claire filme la projection de notre dispositif.

Plus tard, je travaillerais cette matière, avec des logiciels de transformations, de compositions visuelles, ( type After Effects), toujours en me laissant guider par l’écoute.

Aujourd’hui, je suis heureuse. il m’a fallu aborder la complexité pour finalement saisir la simplicité. Nous avons une première matière pour les séquences à l’écoute, afin de voir concrètement le passage du réel à l’imaginaire. Cette matière va-t-elle passer l’épreuve de sa confrontation avec les images documentaires ?

Quoi qu’il arrive, ce sera un pas.