Le fantôme de Pierre Schaeffer

Au travers des générations

né en 1910, décédé en 1995.

 

Incontournable pour toute personne qui s’intéresse de près ou de loin au son, à la radio, au cinéma. L’homme qui a donné son nom à la « musique concrète » il y a plus d’un demi-siècle…

Ceci n’est pas le lieu d’une biographie de Pierre Schaeffer ; elle est sur Wikipédia ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Schaeffer

Parfois, je rêve de Pierre Schaeffer la nuit. Il regarde les images du tournage de la Lucarne des rêves, en train de fumer la pipe. Et pendant ce temps là, je fais les cent pas autour du projecteur, mon cerveau est en ébullition, un chaos de questionnements, le doute, toujours ce doute, et si je n’étais pas sur la bonne voie ? Un pas en avant, deux pas en arrière, un pas sur le côté. Et lui continue de regarder ces images en mouvement, toujours fixement, calme, un léger sourire aux lèvres. La fumée a complètement embué la salle de projection de ce rêve. Je tousse. Parfois, j’étouffe, je suffoque. Et là, je me réveille, avec une nouvelle idée pour l’écriture du film. Et vite, Je m’empresse de la noter dans un petit carnet, avant d’oublier. Fixer la mémoire avant qu’il ne soit trop tard.

Pendant les tournages, cette figure a souvent été là aussi. Au dessus du bureau de Bernard Parmegiani, des photos en compagnie de Pierre Schaeffer étaient accrochées. Bernard en parlait avec un profond respect. Pierre Schaeffer est l’homme qui lui a proposé un jour de devenir compositeur au sein du Groupe de Recherches Musicales. Un acte qui a changé toute sa vie.

Peu de temps après cette évocation, j’étais en tournage avec Lionel Marchetti, sur les traces de la Grande Vallée. J’avais demandé à Lionel de venir avec ses carnets de notes de l’époque de la création de la pièce. Et là, comme par hasard, un vieux article de journal surgit entre deux pages :

marchetti la grande vallée la mort de pierre schaeffer corr

Alors,devant la présence récurrente de Pierre Schaeffer, je suis allée à sa rencontre, dans son dernier domicile. Grâce aux soins de sa veuve, son bureau est intact. Ensemble, nous avons ressorti de vieilles bandes sonores,des photos, des films. J’étais à la recherche de tout ce qui touchait à un rapport sensible aux machines. Un moment me revient souvent en mémoire. J’avais déjà passé une bonne partie de la journée à écouter des enregistrements sonores. Et là, sur une bande sans nom, j’entends la voix de Pierre Schaeffer : « Puisque les voix nous ont fascinés (…) Puisque nous avons appris à les enregistrer, à les restituer fidèles (…) Pourquoi ne pas essayer comme au cinéma de les ralentir et de les accélérer ? « ( je repense aux éclats de rire en modifiant la vitesse de lecture sur les vinyles de mes parents et sur mon premier lecteur à cassettes )

Maintenant, Pierre Schaeffer lit un extrait d’Heidegger et le ralentit en direct :

 » Le MOOOOOOOONNNDE se DEEEEECOUUUUU-vre       à l’HOOOO-RIII-ZOn des MA-CHIIINNES DEETRAQUéES »

Après coup, il s’avère que cette pensée habite la Lucarne des rêves. Elle revient sans cesse, malgré moi, au delà de mes actes conscients. Pierre Schaeffer est toujours là, dans l’ombre de la création.