L’œil de Claire #1

Incarner.


Première journée de stage étonnante. J’ai parcouru les couloirs du lycée que je fréquente depuis déjà quatre ans avec cette étrange sensation de ne pas voir la même chose. La perspective n’était plus bouchée de ces corps fatigués usurpant quelques minutes encore à la nuit blanchie, les sonneries ne résonnaient plus. Cendrine m’avait prévenue. Au cours de ce stage, mon regard doit évoluer et transformer ma posture, incarner ma sensibilité pour m’ouvrir aux élans de l’intuition. Dans La Lucarne des Rêves, il y a cette perception active de la matière qui oriente le mariage des images et des sons. Recherche de justesse et non d’exactitude.

Afin de m’initier à cette écoute, Cendrine m’a proposé d’écrire un texte sur ce que m’évoquait chacune des musiques. Nouer avec les sensations pour devenir un œil pertinent, une main efficace.

J’avais lu en préambule le dossier de production que Cendrine m’avait confié il y a quelques semaines, qui m’avait permis un contact plein de tendresse avec ce monde qui m’était tout à fait étranger.

Je me plongeais ainsi dans l’écoute.

Au gré du souffle, le son s’envole

th

Vide qui se transforme et creuse les pensées jusqu’à n’être qu’un filament glacé. Le gouffre aspire puis s’ouvre, le corps perd de sa pesanteur dans les courants d’un carrefour froid. Plus de repère pour demeurer quelqu’un, la répétition et l’écho amènent le silence.

Le battement revient à l’organique, aux matières d’un corps, le relief de la respiration et la douceur du frottement dialoguent.

Communication de l’intimité, extimité. Mais ce qui se propage devient gêne, acier et fracas dans la tentative d’ordonnancement du chaos.

Du pétillement électronique à l’hypnose de glace.

De l’amas au silence.

Puis l’onde devient circulaire, grandit encore et englobe, devient avec le corps de celui qui écoute, dans un même élan, lointain et sourd, appel du microcosme. La vague devient bulle puis fourmillement, se répercute et appelle au passé. Réminiscence du temps et de l’urgence, d’un écrin de pierre solitaire, un trajet qui devient obstacle.

L’accumulation crée une foule qui pullule et court à sa perte.

Qui s’expand meurt doucement.

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La Grande Vallée

L’appel crée l’espace en éveil.

Le milieu s’étend tandis que le temps s’écoule, se répète, s’imprime. Tour à tour air, eau, terre, la matière s’écoute, enveloppe au prise du vide. Elle gonfle de sérénité, progresse, se perd.

L’été brûle d’une recherche ensommeillée. La brume tombe, l’oreille s’élève vers plus de clarté.

Rythme de rencontre, rapprochement de deux sphères.

La cadence minérale encourage la sécheresse mutique. Ce qui étouffe explose et contemple.

Traversée d’un territoire irréductible et indéfini. L’infime se tire et se tend. A contre-courant, le temps s’applique à ce qui n’est rien, au sommeil, à l’épuisement. Puis l’aube pointe et égraine sa lenteur. Quête solitaire au milieux des astres, l’humain trouble l’ordre paisible. Sa perte s’écoute, comme autant de cailloux foulés.