L’œil de Claire #3

«Raconte moi ce qu'il se passe dans cette séquence.»

Claude, la chef-monteuse, s’est tournée vers Cendrine. C’est la première semaine de montage à Périphérie, et la complicité entre les deux femmes est évidente. Quelques mots suffisent pour donner le ton et s’accorder sur le fil à dérouler pour dévoiler un sens.
Claude, devant le bureau, a le clavier devant elle et manie la souris. Cendrine, légèrement en retrait, observe les écrans, attentive à ce qui s’y déroule, et commente, propose, critique.

La route n’est pourtant pas sans embûche : les difficultés apparaissent progressivement lorsque les intentions se confrontent à la matière. Ainsi, au fil des jours, certaines questions reviennent : de quelle manière intensifier le temps pour transmettre une action qui tire sa force de la durée ? Quel est l’ordre le plus pertinent pour ce que l’on souhaite raconter ? Lequel est-il plus apte à transmettre une émotion ? Quel place accorder à cet évènement ?

Claude est là pour apporter le recul nécessaire dans ces choix. Attentive, elle questionne Cendrine de manière toujours plus précise, elle parvient avec patience à saisir l’essence d’une envie de raconter.
Cendrine, grâce à cette aide complice, concrétise ses aspirations qui orientent par la suite les choix qui se posent au cours du montage.

La confiance est primordiale : Cendrine n’agit plus directement sur le film, elle le regarde et l’écoute pleinement. C’est dans la transmission de ce regard, de ce qu’elle voit se dessiner, que le film se construit. Sa structure prend corps dans ce dialogue incessant, bien que parfois muet, de ces deux femmes qui regardent dans la même direction.