L’œil de Claire #5

Peu à peu, les images s’accordent en suite, le parcellaire devient tout. Un ensemble qu’il reste à ajuster mais qui prend forme. Les fragments de différents temps se répondent et s’unissent dans la synthèse d’un regard.

C’est alors qu’il devient nécessaire au film d’exister en volume. Démultiplication des regards.

Le film, au stade de sa première unité, ne peut seulement demeurer sous le regard commun de la réalisatrice et de la monteuse. Il faut prendre du recul, s’extraire du contexte fragmenté, introduire autrui. Un film n’est jamais qu’une suite d’images, il est toujours plus, gonflé par le corps du spectateur, son histoire, sa mémoire, ses rêves.

Ces regards donnent un nouveau souffle à l’élaboration du film, mettent en exergue les dynamiques déjà présentes, qu’il faut conserver ou accentuer, et dévoilent les zones d’ombres qui avaient pu échapper au regard unique à force de travail.

Ces regards relancent le processus de création. Synthèse, dialogue, adaptation. Influer sur la structure ou retravailler les coupes ? Donner plus d’importance à un personnage ou en affirmer les traits ? Travail de mesure et de nuances, loin encore des finitions, pourtant méticuleux.

«Alors, qu'avez-vous vu ?»