Michel Chion et Lionel Marchetti dans le studio 116 de la Maison de la Radio

Pour se mettre dans l’ambiance

 

lio et michel au 116 la lucarne des reves

27-28 mars 2013 

Au terme du tournage à Lyon, Lionel m’avait proposé de revenir quinze jours plus tard assister à une rencontre avec Jérôme Noetinger -son binôme de performances aperçu à Retro-actif- et Michel Chion. Mais là, je ne pouvais plus me permettre de m’offrir un aller retour Nantes-Lyon en train plein tarif. Faute de budget, cela n’avait été possible. Alors il m’avait dit  :

Sinon, on remet cela à plus tard et on pourrait peut-être faire quelque chose au GRM avec Michel!

Je m’étais enthousiasmée. A la Maison de la Radio, il y a un studio mythique, le studio 116. Ce studio a traversé les époques. C’est là que nous allons tourner !

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Il faut maintenant réveiller les Studers, ces anciens magnétophones à bandes poussiéreux, endormis dans les caves de Radio France.

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Michel Chion arrive. Je suis impressionnée par le personnage. Je ne sais comment l’aborder. Détail de taille, je suis enceinte jusqu’au cou !

Lui m’aborde avec simplicité :

Félicitations !  C’est une fille ou un garçon ?

Je regarde mon énorme ventre, ma caméra repose complètement dessus. Je ne suis pas encore à l’aise pour être spontanée. Je tente maladroitement de détourner l’attention de mon ventre vers le propos du film, en proposant de faire le tour des lieux.

Je suis déjà venue dans ces lieux, en repérages et là, j’apprends que Michel n’a pas l’habitude de travailler dans la grande salle du 116, mais dans la petite cabine adjacente.

Dans les studios des compositeurs, j’ai l’habitude d’avoir peu d’angles de vues possibles, mais là, c’est pire, nous serons trois et demi dans ce petit lieu, plus quatre stagiaires là pour aider à installer les machines.. Après des heures d’installation, de branchements de câbles en tout genre, tout semble en place pour la séance de demain. Enfin, la lumière me plait et en me tordant un peu à droite à gauche, je devrais m’en sortir pour mettre de la profondeur dans mes plans.

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Le lendemain matin, Lionel est là avec Michel. Il y a comme une tension, à se retrouver là, ensemble, pour créer dans une sorte d’antre, sans vraiment se connaitre. En plus, le studio est fermé. Lionel, par sa présence amicale, brise la glace. Nous attendons, dix, vingt, trente minutes. Après quelques coups de fil, un des stagiaires vient nous ouvrir. Nous entrons enfin, en compagnie des stagiaires. Tests machines. Elles ne marchent pas comme prévu. . Nous repartons dans un nouveau temps d’installation. J’ai déjà des sueurs chaudes.

Enfin, les bandes analogiques se font entendre. Michel explique devant tout ce petit monde attentif le fonctionnement de ces machines. Aujourd’hui, elles sont devenues des pièces de musées ou de collectionneurs. Chaque geste sur les Studers est inconnu pour le jeune public. Devant cet auditoire, la scène se transforme en mélange de spectacle, de démonstration et de leçon… Je sens bien que tout ceci ne fait pas sens pour le film.

Il est temps de déjeuner. Les stagiaires quittent le studio. Avec Michel et Lionel, nous passons un temps à parler de tout et de rien. De retour dans le studio, quelque chose d’inédit, de magique se passe. Dans l’intimité de cette cabine aux allures de vaisseau spatial, Michel, Lionel et moi sommes emportés dans un élan improvisé, sur le thème musical de l’effacement… Personne n’aurait pu prévoir ce cheminement et pourtant c’est là, bien enregistré. Nous sommes heureux.

lio et michel au 116 / lucarne des reves