Rencontre impromptue avec Bernard Parmegiani

Les yeux dans les archives * rétroActif

Mettons nous dans l’ambiance avec une animation du merveilleux Piotr Kamler, sur une musique de Bernard Parmegiani :
l’Araignélephant

 

 

 Revenons au 12 novembre 2011, au festival. RETRO-ACTIF : des machines anciennes pour des musiques d’aujourd’hui, des concerts et des rencontres organisés par le Groupe de Recherche Musicales, à la Gaité Lyrique ( Paris )

Tout l’après-midi, on peut s’installer devant des films du temps du Service de la Recherche de la Radio télévision française, dans une salle de projection confortable.

Je viens spécialement voir des courts-métrages d’animation avec des musiques composées par l’illustre Bernard Parmegiani.

Je me ravis.

La salle est déjà obscure. Je m’assois où je peux avec mon matériel, caméra, micro et accessoires. Mon voisin pousse ses affaires, je dois m’étaler au delà des convenances. Sur l’écran, je vois un homme faire bouger des toiles d’araignées géantes au rythme de la musique. C’est magnifique. Les gestes du manipulateur des toiles rentrent en dialogue avec les mouvements de la musique. Je suis prise par une violente émotion. Pourquoi ne voit-on plus ce genre de programme à la télévision d’aujourd’hui ? Je me retourne brutalement vers le voisin le plus proche: un vieil homme coiffé d’une casquette hatteras.

Excusez-moi, mais le travail de Bernard Parmegiani est-il déjà passé ?

Il me répond en s’approchant :

 Comment ? Vous connaissez Bernard Parmegiani ?

Vous l’avez deviné, c’est lui. Je bégaye un coup puis me retourne doucement vers l’écran, honteuse. La lumière se rallume. Je bafouille de nouveau devant le compositeur. Il s’en va, et me fais signe de le suivre pour parler en dehors de la salle. Mais là, sept personnes lui sautent dessus et vantent ses créations musicales. Je m’éloigne la tête basse.
Plusieurs heures plus tard, à la sortie de la première série de concerts, il est là, au détour d’un escalier. Il me regarde, fixe, arrêté. Je le regarde, dans la même position. L’instant est interminable. Entre nous deux, la foule a fini de passer. Je le rejoins sur sa rive et lui explique enfin que j’aimerais faire un film, un documentaire, avec lui et les compositeurs qui ont déterminé le sort de la musique concrète. Il rougit et me lance :

 Faut pas exagérer, la musique concrète, il n’y a pas que moi, il y a eu d’abord Schaeffer… et les autres… enfin, venez à mon studio. Ah, j’ai oublié mon agenda. Je vous donne mon numéro ?

Je crois le quitter jusqu’à mon prochain retour dans la capitale. Je suis gagnée par un grand respect, devant l’humilité de cet homme malgré le nombre de ses récompenses internationales.
Le lendemain, je retourne dans les lieux. L’après-midi est consacré à une exposition des machines utilisées pendant les concerts, en compagnie de leurs compositeurs. Le public est invité à les essayer. Je veux les filmer.
A ma grande surprise, Bernard Parmegiani est là, seul, au milieu de la salle.

Il me voit et me lance un joyeux « héhé ! », fais signe de le rejoindre.
Je m’exécute, et le salue.
Tout l’après-midi, il me guide au travers des machines… Sur le chemin, nous rencontrons Beatriz Ferreyra et Lionel Marchetti. Je filme.