Russolo inspire

Luigi Russolo, cela vous dit quelque chose ?

Il y a quelques années, je n’avais jamais entendu ce nom. Pour vous expliquer comment Luigi Russolo a bouleversé ma vie, je dois remonter à ma première pièce de musique concrète, dénommée « Un creux en dessous de ton nom ». Avec du recul, cette pièce est assez simple, avec un matériel limité.  A cette époque, je n’avais pas d’enceintes, ni tout ce que j’ai aujourd’hui pour travailler. J’avais composé à partir d’une idée, d’un fil rouge, autour du thème de la sexualité moderne. Je ne veux pas trop vous en dire, car ce genre de musique suscite des expériences différentes à l’image de la singularité de chacun. Je n’ai pas envie de cloisonner votre imaginaire, en vous racontant tout ce que j’avais dans la tête au moment de la composition. Quoi qu’il en soit, Je m’étais amusée des heures à travailler un petit échantillon du bruit d’un train. Et voici le résultat :

Plus tard, je met la pièce sur un blog et un inconnu réagit en me disant de l’envoyer au concours international Luigi Russolo. Je suis sans attentes, pourquoi pas. Je ne savais même pas à cette époque qu’il y avait aussi des grands festivals et des concours de musique électro-acoustique. A ma grande surprise, je reçois une Mention du Jury et du coup l’édition de cette pièce sur le label Monochromevision !

J’en suis arrivée au moment où c’est impossible de rester dans l’ignorance. Qui est donc ce Luigi Russolo ?

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Au début du XXème siècle, c’est une figure incontournable du futurisme. En 1910, il peint une oeuvre dénommée la Musique. Il cherche à y retranscrire les émotions et les sensations provoquées à l’écoute de la musique….

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Quelques années plus tard, Luigi Russolo abandonne la peinture pour se consacrer à un nouvel art :

 Pouah ! Sortons vite, car je ne puis guère réprimer trop longtemps mon désir fou de créer enfin une véritable réalité musicale en distribuant à droite et à gauche de belles gifles sonores, enjambant et culbutant violons et pianos, contrebasses et orgues gémissants ! Sortons !

Cela ne vous rappelle rien ?

Il est clair que la musique concrète de Pierre Schaeffer n’ignorait pas la vision de Luigi Russolo.

De Luigi Russolo, il reste surtout aujourd’hui un manifeste, intitulé L’art des Bruits.

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J’en ai souligné des extraits. Je les relis, souvent, pour me recentrer et sentir à quel point ce désir d’une telle musique traverse les générations.

 Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les glouglous d’eau, d’air ou de gaz dans des tuyaux métalliques, les borborygmes et le râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation des soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les bonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement des drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fers souterrains. Il ne faut pas oublier les bruits absolument nouveaux de la guerre moderne.

( Luigi Russolo, L’art des bruits, manifeste futuriste 1913, ed. Allia.)

PS : Pour en savoir plus sur le concours international Luigi Russolo, c’est par ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Russolo